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Emmy avait 24 ans quand elle est arrivée au Canada de Hollande dans le cadre d’un programme d’échange pour jeunes agriculteurs. Titulaire d’un diplôme en horticulture et amoureuse des grands espaces, elle était remplie d’espoir et d’enthousiasme. Mais ces espoirs ont pris abruptement fin quand celui qui était son mari depuis deux ans, un homme violent et alcoolique, a menacé de la tuer. Craignant pour sa vie et celle de sa petite fille, elle a immédiatement quitté le foyer familial. Son estime de soi a de nouveau été mise à l’épreuve dans le cadre d’un autre mariage à un homme qui lui faisait subir de la violence émotionnelle et avec qui elle a eu un fils. Quand, au bout de cinq ans de mariage, son mari lui a dit souhaiter sa mort, elle est partie en camping avec ses deux enfants et a prolongé son séjour au terrain de camping au-delà du week-end prévu. Son mari l’a alors fait arrêter pour enlèvement, et pour protéger ses enfants, elle s’est résignée à retourner vivre à la maison pendant cinq autres années. Son mari lui avait dit que si elle prenait encore une fois les enfants sans sa permission, elle se rendrait coupable d’outrage au tribunal. Des années plus tard, elle a appris que l’ordonnance du tribunal n’avait été valide que pendant 30 jours. À l’hiver 2005, affligée d’une grave dépression, Emmy a consulté un psychiatre qui lui a recommandé de quitter son mari. « Je n’avais pas un revenu suffisant, dit Emmy, qui était à l’époque designer d’intérieur. Mais j’ai appris par mon médecin que j’étais admissible à un programme de logements subventionnés. J’ai alors emmené les enfants dans une maison d’hébergement pour femmes victimes de violence, et peu après, j’emménageais dans un logement subventionné. » Elle se souvient du jour où, devant la cour, elle a enfin obtenu un accord de séparation : « Au bout de six heures, c’était fini, dit-elle. Plus de menaces. Et je me suis demandé : “Pourquoi suis-je restée si longtemps ?”. » La maison d’hébergement l’a aiguillée vers un programme de formation au travail autonome financé par la Fondation canadienne des femmes. C’est là qu’elle a appris à reprendre possession de son propre pouvoir. Habituée à se dénigrer elle-même dans l’isolement d’une relation marquée par la violence, Emmy se souvient que lors de la première session du programme, les participantes devaient nommer des caractéristiques positives à propos d’elles-mêmes. « J’ai eu de la difficulté à trouver la moindre petite chose, mais à la fin du programme, lorsque les animatrices nous ont demandé d’énumérer 50 de nos côtés positifs, je n’ai eu aucune difficulté ! » Emmy avait déjà fait du bénévolat au sein du mouvement guide pendant 22 ans, et cela lui a donné le courage de participer au programme de plein air Outward Bound, où elle était la seule femme. « J’ai rapidement compris que je possédais plus d’expérience que tous les hommes du groupe ; j’avais organisé la nourriture comme il se doit et ils étaient très impressionnés. J’ai même fini par être celle qui dirigeait le canot », dit-elle en riant. « Et cela m’a donné une idée. Je pouvais enseigner à d’autres femmes à faire du canot et les aider à acquérir de la confiance en soi. » Peu après, elle mettait sur pied son propre site Web et obtenait un financement du Programme d’aide à l’emploi autonome. « Ma première expédition a eu lieu en février de l’année dernière. J’ai emmené un groupe à un camp d’hiver. J’en avais déjà fait beaucoup avec les Guides, dit-elle, mais cette fois-ci, j’ai été rémunérée ! » « Aujourd’hui, quand des choses difficiles se produisent, je sais comment les transformer en énergie positive, dit-elle. Le programme est la meilleure chose qui me soit jamais arrivée. Il m’a aidée à croire en moi. » |















